EN

Redshift

Tim Schneider

 

redshift paysage

Redshift est une installation vidéo interactive qui invite les visiteur·euse·s à découvrir le monde tel qu'il apparaît en lumière infrarouge (IR). Présentée sous forme de polyptyque sur un nombre variable d'écrans, l'œuvre met en scène des paires de paysages naturels et urbains enregistrés simultanément dans le spectre visible (~380 – 750 nm) et dans le proche infrarouge (~750 – 1400 nm). Les deux vidéos de chaque paire se fondent l'une dans l'autre, le taux de fusion variant en fonction de la distance de visionnage : lorsqu'un·e visiteur·euse se tient loin de l'écran, seule l'image IR est visible. À mesure qu'il s'en approche, l'image se transforme progressivement en la vidéo correspondante en lumière visible. S'éloigner inverse la transformation. Cet effet de changement de couleur, lié à la position et au mouvement relatifs entre l'observateur·ice et l'objet observé, est décrit par le concept physique qui donne son nom à l'installation : le décalage vers le rouge (redshift en anglais). En astrophysique et en cosmologie, le décalage vers le rouge désigne le phénomène par lequel la lumière (ou tout rayonnement électromagnétique) se déplace vers des longueurs d'onde plus grandes. Dans le spectre visible, les longueurs d'onde les plus grandes correspondent au rouge – d'où le nom.

 

installation redshift

L'œuvre illustre une idée philosophique sur la nature de la perception : notre compréhension des objets n'est pas fixe, mais conditionnée par notre relation à eux, et potentiellement enrichie lorsque nous commençons à nous déplacer et à explorer l'espace dans lequel nous les trouvons. Redshift cherche également à explorer la question de la manière dont on peut intégrer le point de vue (subjectif et spatialement situé) des spectateur·ice·s dans une œuvre vidéo habituellement statique. Si nos yeux humains ne nous permettent pas de voir l'infrarouge, la technologie – comme les simples capteurs photographiques – peut nous donner accès à ce monde, révélant des plantes aux lueurs mystérieuses, des nuages éthérés et une palette de couleurs lumineuse et étrangère. Aucune des vidéos – ni celle en lumière visible, ni celle en infrarouge – n'a été retouchée en post-production. Les couleurs ont été déterminées par l'algorithme de balance des blancs automatique de chaque caméra.

 

redshift facade

Le point de départ conceptuel de Redshift est une expérience de pensée : que se passerait-il si le ciel reculait ? Dans un tel scénario, la lumière visible se déplacerait vers le rouge, et même au-delà, dans le spectre infrarouge, imperceptible à l'œil humain nu. Le décalage vers le rouge est un phénomène relativiste et, de ce fait, imperceptible dans l'expérience quotidienne. L'équivalent courant le plus proche est l'effet Doppler acoustique : le changement familier de hauteur apparente de la sirène d'une ambulance qui passe. La hauteur « réelle » de la sirène – telle qu'elle serait perçue par quelqu'un se déplaçant à la même vitesse – diffère de celle qu'entend tout auditeur immobile. L'installation pose une question analogue sur la vision: quelle est la couleur ou l'apparence « réelle » d'un paysage ? Dans Redshift, la réponse dépend irréductiblement de la position des spectateur·ice·s.

 

 

Tim Schneider

Tim Schneider a été formé à la physique des hautes énergies et est titulaire d'un doctorat en radiothérapie et hadronthérapie. Ayant évolué vers le domaine de l'art-science, ses recherches à l'Université Paris-Saclay sont maintenant centrées sur les installations immersives dans des espaces ouverts et sur l'étude de nouvelles approches pour les systèmes de suivi des personnes et des mouvements. En outre, il est membre du collectif Le sas où il travaille principalement sur la création et le développement d'œuvres et d'expériences d'art numérique interactives.

 

En savoir plus sur Quand le ciel recule